SIRIONA,

SIRIONA,

Le Moulin Neuf / Les anilles Suite


Les gravures d'anille du Moulin Neuf,

un point sur la question

1 an après le début des fouilles

 

 

Par Jean Pierre Rajchenbach

Février 2014

 

Le Moulin Neuf est situé à Preignac (Gironde), dans le quartier de La Garengue, sur un bras mort du Ciron, petit affluent de la rive gauche de la Garonne. La SAHSG (Société Archéologique et Historique du Sauternais et Graves) a décidé, au cours de l’été 2012, de l’exhumer des taillis où il s’était en grande partie effondré.

En effet, « en 1840, sa suppression est proposée mais il n’est pas démoli [ … ] Quelques années plus tard, privé d’eau (par la construction de la voie ferrée Bordeaux-Langon en 1852),  il est abandonné. »*  Sa destruction sera alors assez rapide.

* (Fabienne Modet : Moulins et meuniers du Ciron au XVIII  siècle)

 

Les moulins voisins ont été édifiés au XIIIe ou XIVe siècle. Le fait que celui-ci soit considéré comme « neuf » semble indiquer un établissement plus récent sans qu’à ce jour, nous en ayons trouvé confirmation. Les mentions dans les actes notariés attestent de son existence en 1558 et les techniques de « moulins à cuves » ne semblent pas antérieures au XVIe siècle.

Lors du nettoyage du site, sont apparues des formes gravées qui ont attiré notre attention ; à l’extérieur de l’angle sud du bâtiment, sur des pierres appareillées, étaient sculptées en creux les formes visibles sur les photos ci-dessous :

 

Clichés J.P. Rajchenbach

Le dessin qui est formé est assez semblable à celui du logement de l’anille en double hache tel qu’on l’a décrit au moulin de Sissonne : l’anille est une pièce métallique scellée dans la surface inférieure de la meule tournante et qui transmet le mouvement de l’arbre du moulin à celle-ci. C’est donc un mécanisme essentiel du moulin.

 

fer.jpg Cliquer pour agrandir

 

trou d'anille.jpg

 Cliquer pour agrandir

 

Les fouilles de Saint-Médard-sur-Dronne ont révélé que ce système de transmission a été utilisé depuis l’époque gallo-romaine. Dans les moulins modernes, on lui a cependant préféré l’anille en X.

 

La forme étant identifiée, il reste à savoir pourquoi elle a été gravée sur des pierres qui n’étaient pas des meules.

En effet, comme le montrent les photos, il n’existe aucun orifice sur nos pierres. Si ces gravures avaient été destinées à recevoir une anille, l’oeillard, tel qu’on le voit ci-dessus, s’ouvrirait au centre du carreau de meule, ce qui n’est pas le cas. Il faut aussi écarter l’hypothèse d’un gabarit qui aurait permis au forgeron de prendre les dimensions de la pièce sans avoir à soulever la meule : la gravure est trop approximative et il n’y a pas deux dessins de même dimension.

 

catillus pompéi.jpgCliquer pour agrandir

Ces gravures nous paraissent donc avoir une valeur symbolique. La meule tournante ou catilus (ci-dessus) des moulins à bras pompéïens n’est pas sans rappeler cette forme de bobine. Le catillus est un moulin, un des premiers à avoir remplacé la meule à bras. Il est composé, à la base d’un cône de pierre sur lequel vient se loger une lourde bobine comportant le même cône en creux. Le grain est vidé dans la partie haute en forme de trémie. Le moulin est mu à bras d’homme ou par des animaux de trait à l’aide de traverses de bois dont on voit les encoches. La farine est récupérée en bas dans une couronne de bois ou de pierre.

Les techniques de meunerie avaient une telle importance dans la vie quotidienne que des symboles pouvaient y être attachés comme attributs divins, se référant aux éléments visibles des moulins.

Par ailleurs, l’anille est un thème héraldique mais elle est alors en X et plus sophistiquée. Cependant, elle conserve une valeur symbolique.

 

meunier médiéval.jpgCliquer pour agrandir

 

Parmi les représentations médiévales des moulins celle de l’abbaye du Vezelay doit retenir notre attention. Il s’agit du célèbre « moulin mystique » tant de fois copié sur la route des pélerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Au centre du chapiteau, on peut voir une trémie surmontant un sac. Le moulin, ici une roue, représente le Christ qui transforme le grain de la loi mosaïque en bonne farine chrétienne. Il est notable que ce n’est pas le Christ qui occupe le devant de la scène mais la trémie et le sac qui, l’un avec l’autre, figurent la forme étudiée.

Ajoutons qu’à l’époque moderne les ailes des moulins à vent sont représentées par des X alors qu’elles sont en réalité perpendiculaires.

               

Il semble donc que l’anille ait eu une valeur symbolique. L’aspect symbolique est confirmé par la présence des mêmes gravures sur d’autres  murs de moulins : au Moulin de Lamothe (Preignac) et au Moulin du Notaire à Saint –Morillon.

 

Mais pourquoi ces symboles orneraient-ils une des faces les moins accessibles de l’édifice, du côté de la gourgue ? Il faut préciser à ce sujet que le moulin tel que nous le voyons aujourd’hui a été reconstruit en utilisant des éléments d’un moulin précédent. Une meule a été intégrée dans le radier et des morceaux de meule ont servi à reconstruire les murs comme il apparaît sur les photos ci-dessous : Le dossier n’est donc pas clos et les hypothèses présentées doivent être étayées pour satisfaire notre curiosité.

  meule dans le radier.jpgCliquer pour agrandir



01/03/2014
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 126 autres membres