SIRIONA,

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Les Fêtes "pompeuses" au XVIIIe siècle à Barsac

30 Ventôse de l’an VII  (20 Mars 1799)

Des Fêtes « pompeuses » 

Il n’y a jamais tant eu de fêtes et de jours chômés qu’en cette période,  on en arrive même à  se poser la question de savoir, quand trouvaient-ils le temps de travailler ?   

Afin de s’assurer un maximum de monde à chacune de ces célébrations, les vieillards , les militaires blessés et les écoles étaient obligés d’y participer.

En ce jour du 30 Ventôse de l’an VII, on prépare avec grande attention la Fête Auguste de la Souveraineté du Peuple, annoncée la veille dans le village et dans tout le canton de Barsac à coups de décharges d’artillerie et de roulements de tambours.

Formation du cortège : Le cortège se forme à 10 heures, devant l’hôtel commun (mairie) .  A  sa   tête, un détachement des Gardes Nationales précédé de tambours,  puis viennent les instituteurs et leurs élèves. Douze enfants brandissent des carton s sur lesquel sont inscrits les 12 mois du calendrier Républicain et 30 filles costumées en blanc, telles des Vestales, tiennent chacune une baguette entourée d’un ruban tricolore. Le faisceau d’armes est porté par 2 militaires blessés, à côté d’eux, deux jeunes filles en blanc portent chacune une statue de la Liberté.   Vient ensuite un groupe d’enfants costumés en blanc également, ''cheveux épars'', portant une corbeille contenant des fleurs. Ils sont suivis de la musique du citoyen Bonnet, instituteur.  Vingt vieillards représentant l’Agriculture, l’Industrie, le Commerce, les Arts et Sciences, tenant les attributs de chaque profession précédent le chœur des voix. La statue de la Liberté portée par un militaire en uniforme, entouré de deux jeunes filles portant quatre vases dans deux desquels brûle « par imitation le feu sacré », et dans les deux autres des parfums. Vers la fin de ce défilé,   sur un brancard porté par 4 citoyens les tables de la Constitution de l’an III entourées de banderoles tricolores, aux quatre angles du brancard 4 élèves du citoyen Caubet portent chacun un carton surmonté d’un bonnet de la Liberté avec les inscriptions de l’article IV de l’arrêté du Directoire. Pour terminer nous trouvons les assesseurs et les huissiers du Tribunal de Paix, les administrateurs municipaux de la commune et le secrétaire et fermant la marche un détachement de front  et une haie de Gardes Nationales.

La marche du cortège : Le cortège se dirige « en marche silencieuse » vers le Temple Décadaire où l’Autel de la Patrie est érigé. La musique et le chœur des voix  sont   placés sur la tribune et un roulement de tambour   ramène le silence dans le Temple. Le rituel habituel se déroule , lecture des différents articles des arrêtés du Directoire et lecture de la lettre du Ministre de l’Intérieur, salués par un cri unanime de «  Vive la République , la République, plus d’anarchie en France ».Le citoyen Condom , homme de lettre désigné   prononce un discours sur l’Instruction Publique, puis le Citoyen Bonnet , instituteur   fait monter à la tribune quatre de ses élèves les citoyens Ducasse , Ferran , Sargos et Espagne qui «  ont montré aux citoyens assemblés combien l’union  et l’amitié sont avantageuses pour faire triompher le gouvernement Républicain ; ils ont aussi fait sentir quels sont les droits et les devoirs de l’homme et du citoyen. », musique et chœurs   entonnent alors  des airs patriotiques avant que le cortège ne se  reforme et se dirige vers la Place de la Révolution (Place des Quinconces actuelle). Après en avoir fait le tour, il   retourne au lieu des séances de l’administration. Avant de se quitter, le président Seurin Jeantoulet  annonce aux citoyens qu’il y aura  un bal et autres amusements l’après midi. Il a pris rendez vous pour le soir 7 h à la maison commune.

Soirée féérique chez le citoyen Bonnet : Comme convenu 7 heures du soir l’administration communale  se réunit autour du président avec tous les invités qui sont conviés chez le citoyen Bonnet, instituteur et violoniste, pour une soirée  aux chandelles, mémorable.    

« Dans une vaste cour est élevé un autel de 4 pieds de hauteur sur 28 pieds de façade, et 14 pieds de profondeur. En perspective sont placées 8 colonnes rehaussées de la hauteur de 10 pieds y compris le piédestal pour les 4 du fond de l’autel, et les 4 de devant de 8 pieds y compris chapiteau ou corniche. Elles sont illuminées par 25 lampions chacune. Entre les deux premières colonnes du fond, se trouve un piédestal de 7 pieds de hauteur au dessus duquel est placé le faisceau d’armes, illuminé par 140 lampions, en bas duquel est placé la statue de la République représentant la Souveraineté du Peuple Français, entourée de 80 lampions. On peut lire à ses pieds ces inscriptions : « Le Peuple souverain, Vive la République. » Aux quatre coins de la statue les 4 vases dans lesquels brûlent, ''par imitation, le feu sacré et  les parfums.'' Le feu est entretenu par 2 jeunes filles vêtues de blanc, cheveux épars, représentant les Vestales de l’antiquité.

Au dessus du faisceau d’armes tombe perpendiculairement une pyramide de la hauteur de 18 à 20 pieds, illuminée par 130 lampions, le sommet éclairé par un seul. Entre les deux colonnes du fond deux autres pyramides illuminées chacune par 100 lampions.

Sur la façade de l’autel, deux statues de la Liberté et de l’Egalité entourées de lampions, se reflètent dans un bassin entouré de gazon, pratiqué devant l’autel. Un jet d’eau de 5 pieds de haut,  dont la réverbération  des lumières  se réfléchissent sur le cristal de l’eau tombant perpendiculairement, produit un effet agréable à la vue.

Le tour de l’autel est entouré, dans le haut, d’une draperie fine, en toile peinte aux couleurs emblématiques, formant des guirlandes. Dans le bas de l’autel, une enceinte de 80 pieds carrés ou sont les sièges pour le cortège.

A 9 heures le feu d’artifice a  lieu, puis les citoyens  entrent dans des salles du citoyen Bonnet, qui a préparé la Fête, et on a dansé jusqu’à minuit, heure propre au repos. »

Toutes les célébrations de fêtes devaient se faire en ''grande pompe''. C’est une des rares fêtes décrites avec autant de détails. On dénombre plus de mille lampions pour l’éclairage de cette réception, ce qui avait dû coûter une petite fortune, pour cette époque. A cette dépense,  il faut ajouter  le coût de toute la mise en scène et des décors. La Fête de la Souveraineté du Peuple  s’est vraiment déroulée en ’’grande pompe’’.

 

Michel Laville    (Archives Municipales de Barsac)

 



30/06/2013
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